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Tizi-ouzou, 4 jan 2009 (bms)- Je vous reproduit ici un reportage sur la fête de Achoura qui pointe cette année le 7 janvier. Je vous rediffuse le texte sur cette tradition telle que je l’avais vécue le 1er avril 2006 en Kabylie. A moins qu’il y ait cette année des chutes de neige, la fête se déroulera dans une même atmosphère et avec les mêmes ingrédients. Voici le reportage:
La nostalgie des années soixante dix, la belle époque où j’étais élève interne au CEM de Mékla, très loin de mon village à Bouzeguène, m’a décidé à aller faire un tour dans cette belle région à l’occasion de Achoura. Achoura, et mes souvenirs sont bons, était un événement exceptionnel dans cette région.
L’événement était si joyeux qu’on préférait nous autres élèves internes, rester dans la région pour vivre cette grandiose fête très bien colorée par les processions d’hommes, de femmes, de jeunes garçons et jeunes filles, sur toutes les routes en direction d’El Mesloub et d’ailleurs.
A cette époque il n’y avait pas beaucoup de moyens de transport, juste quelques cars de Amrouche et qui stationnaient devant le CEM.Disons que les fourgons de voyageurs n’étaient pas encore …nés.
L’atmosphère était alors propice aux marches à pied avec une belle nature aux alentours et une population accueillante.
Bon! Arrêtons la nostalgie et parlons présent.
C’est qu’à l’occasion de Achoura (*) 2006, j’ai essayé de reconstituer avec mon véhicule et accompagné de ma petite famille presque tout le parcours de la célébration de l’événement.
La fête tourne autour d’une visite traditionnelle aux saints Oualis de la région où des ouâadas sont organisées.
C’est l’une des occasions permettant aux familles de la région de se retrouver sachant que le travail ou ‘’le pain’’, comme dirait Da Amar, les sépare pour le reste de l’année.
J’ai pu constater que l’engouement à célébrer cette fête est resté presque le même mais que de changements dans l’environnement!
D’abord que d’encombrements sur les routes et que d’impatience des uns et des autres à passer les premiers au premier bouchon à Tizi-n’terga, At Ahmed ou Aguni baafir et autres.
Avec ma petite famille, j’ai bien fait de faire le sens inverse du parcours traditionnel de cette fête en commençant par une visite au tombeau de Cheikh Mohand Oulhoucine à Ath Ahmed.
A quelques kilomètres d’Ath Hichem, le célèbre village pour ses tapis, sur la route de Djamâa Saharidj vers les hauteurs, votre attention sera attirée par la direction que prennent les véhicules en descendant d’une crête en direction des Ath Ahmed et Ath Si Amara.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à At Ahmed, vers 11h30mn, pour découvrir des dizaines de femmes et d’hommes se mouvant à l’entrée et autour du tombeau de Cheikh Mohand, l’Amusnaw, dont la sagesse traduite par des paroles justes et des positions claires continuent à sonner aux quatre coins de la Kabylie et certainement ailleurs.
Ces visiteurs veulent accéder évidemment à l’intérieur du tombeau dans l’intention de s’y recueillir et adresser des prières.
Personnellement je n’y avais pas accédé. Bien que je sois de ceux qui portent en estime ce grand homme pour ce qu’il a fait de sa vie au bénéficie des autres, je ne puis transgresser mes convictions religieuses en versant dans le culte de la personnalité, comme le font certains, par ignorance certainement .
Ce qui est certain est que les At Ahmed semblent avoir compris le message de Cheikh Mohand qui de son vivant appelait les gens à ne croire qu’en Dieu et en son prophète Mohamed (Que le Salut de Dieu Soit Sur Lui).
Il ont bien construit un tombeau au défunt cheikh comme c‘est courant de le faire en Kabylie à tous les Saints Ouali ou aux ancêtres, mais pas plus.
Il auraient été tentés de fructifier ce ‘’pèlerinage’’ traditionnel des Kabyles comme une ‘’affaire’’, en ouvrant des commerces et donner de la voix pour attirer des gens. Non, rien de tout cela. Le tombeau était quelconque, les alentours sont ceux d’une simple place d’un village kabyle et les habitants semblaient très effacés et discrets.
Les village d’At Ahmed qui a enfanté également le chef du FFS, Hocine Ait Ahmed, est constitué de quatre grandes familles (Iderma). Il s’agit des Benamara, les At Aissi, les at Ahmed et les Ath Belkacem, m’a indiqué un habitant, M.Ait Aissi Mokrane (37ans)
Devant le tombeau une femme avec un Bendir met en transe un jeune homme et une jeune fille qui seraient malade.
La voix de la femme délivrait un chant traditionnel que répétaient d’autres femmes avec elle avant que d’autres fassent suivre le tout par des youyous stridents.
Atmosphère saisissante lorsque la femme tape de temps à autre plus fort et à un rythme accéléré dans le Bendir qu’elle rapproche des oreilles du jeune homme qui se balance en avant et en arrière.
Tout près de là deux jeunes hommes chantaient à la manière des Khouans (tadkir) des poèmes d’admiration à Cheikh Mohand Oulhoucine.
Le célébration ne fait que commencer en ce jour de Achoura.
Elle se poursuivra encore pendant quinze jours ainsi avec une présence plus forte, m’a affirmé M. Ait Aissi.
Le jour le plus dense est celui du Jeudi suivant la célébration de Achoura.
La raison est que de nombreux habitants des autres villages, qui célèbrent en premier leur saints oualis et sont donc obligés d’y rester pour recevoir des visiteurs, se rendront au prochains jeudi et Vendredi en mass à At Ahmed pour se recueillir sur la tombe de Cheikh Mohand Oulhoucine, m’a-t-on affirmé.
J’ai pu interroger plusieurs personnes venant d’Alger, de Tiqobaiene ou tout près de Larbaa Nath Irathen, qui m’affirmeront qu’ils viennent régulièrement ici à chaque fête de Achoura.
Mon souci du problème d’encombrement m’a poussé à demander à ma mère (76 ans), très ravie de s’être rendue sur les lieux, de hâter le pas pour rejoindre le véhicule stationné sur un accotement de la route avant que nous ne descendions pour le reste du trajet à pied.
Je ne me suis pas trompé dans mon jugement, car lorsque j’ai voulu démarrer j’avais devant moi un encombrement monstre qui me coûtera prés de deux heures pour m’en sortir.
J’ai pu observer alors que malgré ce désagrément et l’absence d’un service d’ordre villageois ou officiel, les gens restaient calmes.
Il y avait malgré tout devant moi quelques entêtés d’automobilistes à vouloir descendre vers le village At Ahmed avec leur véhicules alors que tout était bloqué.
J’ai pu observer également combien de femmes et d’hommes armés de casse-croûte, de pain et de fromage se diriger vers At Ahmed avec l’intention certainement d’y rester plus de temps que nous l’avions fait.
J’ai saisi le temps de cette attente pour demander à ma mère qui a la tête pleine de poèmes et de proverbes kabyles anciens de m’en faire découvrir quelques uns.
Elle me fera part notamment du poème suivant:
A cheikh mohand oulhoucine
Ibddan etuba diduh
Iruh arthala adyazal
Yufats thetchour dachadlouh
Athala fkiyid aman
Edounitha degs anrouh
Allah Allah alghani Allah
A cheikh mohand oulhoucine
Ibdan etuba ithemzi
Iruh artahala adyazal
Yufats ak dedheb sari
Athala fkiyid aman
Edounitha delfani
Allah Allah alghani Allah
A cheikh mohand oulhoucine
Ayagatum adahbi
Innehou deglakhouanis
Lamana N’Reb aouladhi
Wiâussan elwaldinis
Achimi diruh ghouri
Allah Allah alghani Allah
Elle me contera ensuite une histoire, invraisemblable, d’un homme qui aurait avalé un serpent qui aurait grandi dans son ventre et que seul Cheikh Mohand Oulhoucine l’en délivrera.
L’encombrement nous dévoilait une arrivée massive de gens annonciatrice d’un rassemblement plus important que celui que nous avions trouvé.
A voir les plaques d’immatriculation, les gens viennent de très loin aussi bien de l’est que de l’ouest du pays.
Lorsqu’on s’est tirés de l’encombrement nous avons poursuivi notre route jusqu’au lieu dit Agraw Lekhmis à Ath Kheir.
Là une immense foule s’est rassemblée autour d’un tombeau dont on dit que c’est ici que Cheikh Mohand Oulhoucine venait parfois pour régler des litiges.
J’ai voulu prendre des photos pour mon site internet (recherchez sur yahoo kabylienews et il vous apparaîtra) et un jeune homme allait m’aider à le faire et me renseigner sur la fête chez eux lorsqu’un autre quidam arriva dare-dare pour me signifier l’interdiction de prendre des photos.
- Pourquoi? Demandais-je
- On (le comité) a pris cette décision… C’est comme çà, me rétorque-t-il d’une façon implacable. Comme quoi la censure à ses émules partout même tout près du majestueux Djurdjura.
Etonné, alors qu’à Ait Ahmed j’ai pris autant de photos que je pouvais sans que quelqu’un ne vienne me dire quoi que ce soit, j’ai quitté précipitamment les lieux avec ma famille.
Sur la route on observait combien les gens sont sortis en masse de chez eux fêter l’événement. Cheikh Boudjellil, Cheikh Mohand u Salah et autres saints oualis ou ancêtres de villageois devaient être rappelés à cette occasion au souvenir des gens pour leurs vies utiles faites de servitude aux autres.
‘’Thamurth ethbedal wiyadh’’?
(Le pays a changé de mains)
Je me suis réjoui personnellement de cette vivacité de la population qui sort sur les routes fêter ses repères moraux pour ne pas dire traditions mais j’ai relevé quelques aspects que je considère de mon point de vue négatifs voire incongrus.
Si à At Ahmed, l’atmosphère était visiblement restée authentique, du moins lors de notre passage, ailleurs c’est une autre histoire.
S’il est vrai qu’on sent une volonté quelque part de moderniser cette fête, il n’en demeure qu’elle devait d’être dénaturer si on la fait sortir de son cadre de recueillement et de souvenir pour ne pas dire religieux.
Diffuser à forts décibels du chant en tous genres ne cadre pas avec ces lieux constitués de tombeaux et de cimetières.
C’est ce que malheureusement j’ai constaté en certains autres endroits de notre ‘’parcours’’ de la journée.
Autres temps autres moeurs. Jadis ces traditions reposaient sur le chant religieux dit ‘’eted’kir’’.
Il est vrai que Si Mohand Oumhand avait prévenu Cheikh Mohand Oulhoucine en lui disant ‘’Thamurth atsbedel wiayadh’’ (le pays changera d’habitants).
Serait-ce le message qu’il voulait délivrer?
Belkacemi Mohand Said
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(*) – Achoura était à l’origine une fête juive consacrée au prophète et messager de Dieu Moise (Sidna Moussa Alaih essalam). Le prophète Mohamed (que le Salut de Dieu soit sur Lui) a suggéré indirectement aux musulmans de célébrer cette fête en jeûnant la veille et le jour de Achoura
Belkacemi Mohand Said
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