Bouzeguene, 2 novembre 2009 (bms)- Le Chahid Bouda Mohand Saïd du village de Bouzeguene ( voir biographie) a eu droit dimanche 1er novembre à Yakouren à un hommage digne du grand héros qu’il fut durant la guerre de libération nationale.
Cette manifestation, montée par l’ASBouzeguene en collaboration avec le comité de village et les APC de Yakouren et Bouzeguene a rassemblé des dizaines de citoyens des deux communes de Yakouren représentée par son comité de village ainsi que Bouzeguene, l’ONM de Bouzeguene et de Yakouren , les associations de fils de chahids des deux régions révolutionnaires réunies par ce gentleman de la révolution , la fédération du FLN en France, les élus locaux des deux communes et des veuves de chahids dont les youyou furent répercutées au delà des massifs forestiers de Yakouren et Akfadou, berceaux de la révolution.
| Un homme qui portait le peuple dans son coeur |
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Pourquoi le choix de Yakouren pour rendre un hommage du cœur à ce militant de la cause nationale ? C’est dans cette région , à quelques encablures de l’hôtel Tamgout que ce vaillant moudjahid est tombé les armes à la main et qu’il fut inhumé après que sa tombe fut formellement identifiée par le citoyen Saïdani Boudjemaa après 47 ans de recherche ! Les circonstances de sa mort ont été rapportées par le témoignage de l’un de ses compagnons d’armes, le moudjahid Hadj Rabah Yakouren :« Le chahid Bouda Mohand Saïd , un moudjahid au cœur de lion , vaillant et courageux à la stature et à la beauté impressionnantes qui porte dans son cœur le peuple, était chef de secteur. On revenait d’une mission à Aït-Ali Ouabdellah. A notre arrivée à Yakouren il était 11h 30. Bouda Mohand Saïd ressentit le besoin de se désaltérer et de faire sa toilette dans un ruisseau en amont. On lui recommanda de le faire escorter par le groupe commando mais il refusa préférant ma seule compagnie.
Bouda Mohand Saïd était encore occupé à laver son linge quand j’entendis des pas et des bruits de godasses battre le sol. J’en informai immédiatement mon supérieur qui me dit de ne pas m’inquiéter imputant ces empiètements aux éléments du commando de l’ALN. Soudain un lieutenant des parachutistes, flanqué d’un traître originaire d’une localité voisine de Yakouren répondant à l’initiale de B., nous tint en joue et nous intima l’ordre de nous rendre. Sans hésiter Bouda Mohand Saïd se saisit de sa carabine américaine et entreprit de se défendre essuyant alors un déluge de feu. De mon côté j’ai tiré en direction du fusil mitrailleur tout en me repliant en aval du lit de la rivière. Je fus blessé à la jambe mais je réussis quand même à m’évaporer dans la nature à la faveur de la dense végétation.
| L’armée coloniale lui rendit les honneurs |
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Après ce lâche assassinat , le corps du chahid fut exhibé à Yakouren puis à Azazga en guise de trophée pour décourager la population vu la renommée du chahid même auprès de l’ennemi dont le responsable ordonna qu’on lui rendit les honneurs dus à son rang ».
Plus émouvant encore fut le témoignage du citoyen Saïdani Boudjemaa, celui là même qui avait enterré et identifié la tombe du chahid relookée pour la circonstance : « il a été ramené à Yakouren au bord d’un 4×4 torse nu. Son impressionnante corpulence lui donnait les allures d’un géant d’une splendide beauté qui, même mort , faisait peur aux gendarmes qui suivaient de loin la sépulture. Il portait une bague en argent agrémentée d’un croissant étoilé aux couleurs de l’emblème national ».
| Il abhorrait l’injustice et le mépris |
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D’autres témoignages furent délivrés par de nombreux intervenants pour glorifier cette figure emblématique de la révolution dont le nom se répercutait de hameau en hameau et de colline en colline pour perpétuer son courage légendaire.
Sa biographie lue par un de ses proches Boudi M’henni en l’occurrence, donne un aperçu de son parcours de combattant invétéré dont la réputation a transcendé la révolution puisque le chahid, qui portait en horreur l’injustice et le mépris, combattit de toutes ses forces tous ceux qui en usaient et abusaient alors qu’il était travailleur émigré en France bien avant le déclenchement de la lutte armée, s’érigant en protecteur des faibles et des opprimés.
Pour le coordinateur de l’ONM de Bouzeguene Akli Mohand Saïd fils du colonel Mohand Oulhadj, le chahid était un combattant courageux et un officier intègre qui savait galvaniser et remonter le moral des troupes dans les moments difficiles.
| Bouda Mohand Saïd n’est pas mort |
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Lui succédant , le moudjahid Mettouchi Hafid de la fédération du FLN en France, témoignanit que le chahid Bouda Mohand Saïd, outre qu’il combattait le mal et l’injustice partout et à tout moment, incarnait toutes les vertus d’un vrai révolutionnaire : la bonté , la sagesse et le courage. Des qualités qui font qu’un homme disparu n’est jamais mort de par l’héritage qu’il laisse aux générations montantes.
D’autres témoignages vinrent perpétuer la mémoire d’un homme qui , certes n’avait pas laissé de descendance mais dont tous ceux qui le connaissaient, même de réputation , se revendiquaient de sa paternité.
La manifestation qui s’est déroulée sobrement loin des feux de la rampe a contribué à raffermir les liens entre les populations des deux communes grâce à ce chahid dans lequel se sont reconnus tous les citoyens et les moudjahidines. Des propos élogieux de la population de Yakouren venaient corroborer tout le bien qu’on disait de cet homme qui, même mort, a rassemblé dans une parfaite communion deux régions soeurs.
A la fin de la cérémonie qui fera date dans les annales de la région et dans les esprits, des cadeaux symboliques ont été distribués aux représentants des différentes organisations ainsi qu’aux P/APC de Yakouren et Bouzeguene qui ont contribué au succès de l’événement et qui ont dit toute leur joie d’avoir participé à cet hommage.
Une collation a été ensuite donnée aux nombreux présents qui n’ont manifesté aucune lassitude durant la cérémonie qui s’est terminée en début d’après-midi avec le sentiment du devoir accompli pour les compagnons du chahid et tous ceux qui le connaissaient.
Hammoum Salem
| Bioraphie du chahid Bouda Mohand Saïd |
Fils de Bouda Mohand Oukaci et Guettaf Titem , le chahid Bouda Mohand Saïd est né le 24 /08/ 1924 à Bouzeguene. Il était le 3ème d’une fratrie de 3 enfants et d’une demi-sœur.
En 1941 il rejoignit son père à setif où il fera l’apprentissage du nationalisme. Après le débarquement des alliés en afrique du Nord , il rentre à Alger. En 1946, il émigre en France où il côtoya de nombreux nationalistes du PPA.
En 1955 il rentre au pays pour répondre à l’appel du devoir. En 1956 il se marie avec une fille du village et rejoint le maquis un mois après son mariage. Après le congrès de la Soummam il est auréolé du grade de sergent de section. Il fut l’acteur de plusieurs actions armées avec ses compagnons jusqu’en 1957. Début 58 , il est promu adjudant et affecté à la zone 3 dans le Mizrana. Sa bravoure et sa psychologie visant à relever le moral des troupes dans une région réputée difficile le prédestinèrent à une autre promotion militaire en qualité d’aspirant jusqu’en 1959. En 1960 sa maison fut complètement incendiée. Il arrachera une autre promotion au grade de sous-lieutenant jusqu’à sa mort l’arme à la main dans un lâche attentat.
Hammoum Salem
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